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Abattre les murs

Cet article est écrit par Samah Jabr, membre de notre Association, palestinienne, médecin vivant dans Jérusalem Est. En 1999/2000, elle fut chroniqueuse pour The Palestine Report, sa rubrique s'intitulait «Fingerprints». Depuis le début de l'Intifada, elle contribue régulièrement au Washington Report on Middle East Affairs et au Palestine Times of London, et quelques-uns de ses articles ont été publiés dans différents journaux.

16 juin 2003
Traduit de l'anglais par E. Colonna

Mes oreilles retentissent de cris de guerre; il ne fait aucun doute que nous sommes assis au bord d'un précipice de violence. Mais la «paix» que le monde désire pour nous repose sur des murs: une proposition de deux États appelée de façon trompeuse une «solution».
Cette solution maintiendra l'exclusivité ethnique de l'occupation et poursuivra les profondes disparités entre les deux États en matière de répartition des terres et des ressources, de l'eau, les inégalités économiques et la disproportion des forces militaires Cette solution récompensera les occupants étrangers en leur offrant un statut juridique et des relations normalisées au Proche-Orient, tout en donnant aux Palestiniens des bouts et morceaux de notre terre natale, des cantons séparés les uns des autres par des colonies juives et leurs routes de contournement.

Cette solution de deux États préconise un «État palestinien» démilitarisé sans aucune frontière directe avec ses voisins arabes mais entouré uniquement de la seule puissance nucléaire de la région. Un «État de transition», dit l'administration américaine, qui sera accordé à une condition: que nous, Palestiniens, nous tenions tranquilles et «élisions» une autorité «réformée» et «démocratique», et cela seulement après trois autres années d'occupation.

Ainsi donc, alors qu'Israël continue à accueillir «des réfugiés» vieux de 2000 ans, à célébrer ses criminels de guerre comme des héros nationaux et à les propulser au poste de premier ministre, nous Palestiniens, serions obligés de renoncer au droit du retour, d'abandonner nos prisonniers politiques et de condamner nos combattants.Parfois, les Palestiniens sont décrits comme le dernier peuple colonisé, la dernière frontière avant le génocide et l'épuration ethnique - des mots que nous évitons d'utiliser par peur d'être catalogués antisémites. Nous devons tout le temps justifier les horreurs que nous subissons par rapport à la souffrance juive.

À la maison, je constate en regardant par la fenêtre de la cuisine que les drapeaux israéliens se sont encore avancés, tout près de notre voisinage, délimitant les nouvelles frontières de la colonie de Pisgat Ze'ev. Les Israéliens prétendent qu'ils veulent la paix après la séparation - ils établissent un mur entre nous pour raisons de sécurité. Ils veulent une séparation, séparation réalisée pour que les Palestiniens soient empêcher d'accéder à la terre de leurs ancêtres, pendant que des Israéliens continuent d'emprunter leurs routes de contournement sécurisées pour accéder aux colonies plantées dans le cour des Territoires palestiniens.

La vision de deux États ne rencontre aucune des ambitions minimales de paix, de liberté et d'un avenir digne pour notre peuple. Elle compromet nos droits humains élémentaires et nos droits nationaux à un État souverain. À l'exception de tâches municipales, comme collecter nos propres ordures, notre nation sera totalement dépendante de l'État d'Israël. En retour, on nous demandera de ramasser leurs déchets, de laver leur vaisselle et de leur fournir une main-d'œuvre bon marché.

Quoiqu'il en soit, je m'oppose à la solution de deux États, non seulement parce que c'est impossible, mais parce que c'est immoral.

Les Palestiniens constituent une population cosmopolite. Nous sommes les descendants de civilisations qui ont vécu sur cette terre depuis l'Âge de Pierre. Nous avons du sang cananéen, sémite, araméen, arabe, turc, africain et européen dans nos veines. Ici nous somme nés, et ici nos ancêtres ont vécu. Une histoire commune, une passion commune pour notre terre natale, unis par la même blessure ouverte.

Nous ne sommes pas xénophobes ou sectaires. Nous sommes musulmans, chrétiens, juifs indigènes, bahaïs et druzes. Au-delà des siècles, nos portes se sont ouvertes aux étrangers. Les Arméniens fuyant le génocide trouvèrent refuge parmi nous, des Africains arrivèrent en tant que pèlerins et furent enchantés par la magie de Jérusalem. Très tôt, des immigrants juifs fuyant les persécutions furent acceptés à l'intérieur de la communauté palestinienne, travaillant avec eux, vivant dans leurs villes et se mariant avec eux. Selon la Charte Nationale Palestinienne, le document qui régissait nos principes nationaux, les Juifs ayant immigré en Palestine avant la Nakba de 1948 sont Palestiniens.

Notre rejet du projet sioniste ne repose pas sur la haine, mais sur le refus d'une occupation étrangère, du vol de nos terres et de nos ressources et des crimes commis pour la réalisation du rêve d'un État exclusivement juif.

Je reconnais que le conflit israélo-palestinien est très complexe. L'émergence de deux générations d'Israéliens nés sur la terre occupée par leurs ancêtres rend les choses infiniment plus confuses. Cela signifie que ce conflit ne sera pas résolu tant que nous ne reconnaîtrons pas la présence et l'humanité de l'autre, réparions les blessures du passé, reconnaissions les préjudices qui ont été faits aux Palestiniens et réparions ensuite ces fautes le mieux que possible.

Mon espoir réside dans un État démocratique, multinational, multiethnique d'une Palestine historique pour ses citoyens. Je ne me soucie pas moins de la sécurité des Israéliens que de celle de mon propre peuple et je ne suggère pas que nous sautions dans ce processus sans préparation. Nous devons débuter en exigeant des Israéliens qu'ils enlèvent leurs enfants armés du seuil de nos portes, avec une force mandatée par l'ONU formant une zone tampon commune. Nous, Palestiniens, avons besoin de respirer et de travailler avec les uns et les autres pour élire de nouveaux représentants démocratiques au lieu des mêmes visages fatigués. Et ensuite, comme deux nations égales, nous avons besoin de réparer les erreurs du passé. Il est temps de passer à quelque chose de nouveau.

«Vous nous demandez de commettre un suicide de masse», m'a dit un Israélien. Non, je réclame de leur part une libération éthique et morale du péché de l'occupation, la fin de leur peur pathologique et de leur névrose de sécurité, et la restauration des droits de l'Homme en tant que citoyens égaux dans un pays libre.

Ce n'est pas mon imagination - c'est un espoir persistant. Le mea culpa de la colonisation a été accompli dans l'histoire récente. L'Afrique du Sud est un exemple vivant du triomphe de l'espoir et de la réconciliation sur l'oppression et le préjudice.

Lorsque les Palestiniens vivront ensemble à niveau égal avec les Israéliens, lorsque non seulement les affaires de sécurité israélienne, mais celles de la sécurité palestinienne dépendront du même Ministère de l'Intérieur, lorsque chacun d'entre nous prendra le même bus pour nous rendre au travail, subira les mêmes procédures à l'aéroport et aura un salaire identique pour le même job, alors les derniers seront les premiers dans le respect de la paix.

Samah Jabr