Israël-Palestine : un Etat pour tous
Yéhouda
Quand un Israélien, même s'il est, et surtout
s'il est antisioniste, est invité à donner
son avis sur les solutions qu'il envisage pour le conflit
israélo-palestinien, il doit faire doublement attention.
Je suis né en Israël, et j'ai grandi dans une
culture spécifique, dans une classe déterminée,
j'ai fait partie, bon gré mal gré, d'un régime
d'apartheid. Est-ce ma classe qui parle à travers
moi ou bien moi-même ? Je m'interdis donc de dire
aux Palestiniens ce qu'ils doivent faire et quels sont les
espoirs qu'ils peuvent nourrir. Tout ce qui va suivre ne
sont que des idées. Elles n'ont pas de valeurs autres
qu'intellectuelles, tant que les personnes impliquées
dans le conflit ne leur donnent pas de substance. Il faut
espérer et travailler pour que cette substance soit
créée par les opprimés pour en finir
avec toute oppression, et non pas par les oppresseurs et
leurs collaborateurs pour maintenir une oppression.
La seule issue souhaitable pour la situation actuelle en
Israël-Palestine est la création d'un seul Etat
sur le territoire de la Palestine historique, où
toutes les personnes vivant aujourd'hui sur ce territoire
ainsi que tous les réfugiés palestiniens qui
choisiront d'y revenir seront citoyens.
La création d'un Etat israélo-palestinien
signifie la fin d'un Etat juif. Cet Etat aura pour base
l'égalité de tous les citoyens - sans distinction
de sexe, d'origine, de classe sociale, de religion ou de
quoi que ce soit d'autre - et même un certain anti-nationalisme.
Ceci est déjà d'une importance internationale,
après l'importance que cela a en Israël-Palestine.
La base de la fin du conflit est la justice et non pas la
paix, qui est son résultat. Si on veut en finir avec
la haine entre Israéliens et palestiniens, on n'utilise
pas des murailles, des barbelés et des soldats armés
jusqu'aux dents. Les deux peuples doivent se côtoyer
(et peut-être se mélanger...) pour que l'un
connaisse l'autre et par là, apprennent qu'il est
humain tout autant que lui-même.
Avec le retour des réfugiés palestiniens on
peut aussi espérer un sentiment de réparation
des erreurs, ou au moins une tentative dans cette direction
pour racheter les pêchés du passé, et
le début de la réconciliation entre les peuples.
A la base de la création de cet Etat doit donc être
la justice, et entre autres le repartage des richesses et
l'autonomie culturelle pour tous, conditions préalables
à la réussite d'un tel Etat. Le repartage
des richesses est un élément très important.
La création d'un nouvel Etat est une grande opportunité
pour la création d'une économie moins injuste
que celle qui existe jusqu'à aujourd'hui. En Israël-Palestine
comme ailleurs la richesse est dans les mains d'une minorité.
La déprivatisation du pouvoir économique sous
toutes ses formes et l'autonomie culturelle de chaque groupe
signifient l'autonomie face à l'impérialisme
sous toutes ses formes. L'autonomie d'une culture est mieux
protégée dans un pays vraiment multi-culturel
que lorsqu'elle est culture d' Etat et ainsi au service
d'une classe dominante.
Tout Etat palestinien à côté d'un Etat
israélien serait faible et sans pouvoir, totalement
contrôlé par son voisin, par les Etats-Unis
et les pays arabes, sans autonomie économique et
sans pouvoir de développer une culture autonome et
libre. Un tel Etat serait un bantoustan, un enclos à
esclaves, un réservoir de main d'oeuvre bon marché
pour l'économie néo-libérale israélienne.
Dans sa définition même comme état juif
l' Etat d'Israël est un Etat raciste. Il n'est pas
nécessaire de chercher des preuves de cela dans sa
politique quotidienne : un Etat qui se définit comme
juif rejette d'entrée au second plan ses citoyens
non juifs. La création d'un Etat palestinien aux
côtés d'un Etat juif ne ferait que renforcer
le racisme inhérent à ce dernier.
Pour beaucoup, l'idée d'un seul Etat pour tous paraît
utopique. L'idée d'un Etat palestinien libre et viable
à côté d'Israël n'est pas moins
utopique. La création d'un Etat-nation supplémentaire
en voie de néo-libéralisation est-elle la
seule issue souhaitable et pour laquelle nous devons lutter
? L'idée d'un seul Etat pour tous n'est pas nouvelle.
Il est temps de lui donner toute la place qu'elle mérite.